Israël et Chypre via Brindisi
"Contrôleur d'aérodrome à Brindisi"
"A cette époque j'étais sous-lieutenant P.D.L., j'avais dix-huit mois de service et huit ou neuf mois de grade. Ala fin du mois d'août 1956, je suis détaché à Reims auprès de la troisième escadre de chasse. Nous sommes à la veille de Suez. Je suis alors reçu par le colonel Gauthier qui m'explique pourquoi je suis là : le service mécanographique de l'armée de l'Air avait sorti une fiche - la mienne - pour la fonction nécessaire. Il leur fallait un militaire ayant les trois configurations suivantes : être officier-pilote ou contrôleur d'aérodrome, parler couramment italien - c'était mon cas - et avoir fait Science Po ou l'ENA. J'étais le seul ...
Fin septembre 1956, j'ai embarqué en civil dans un Nordatlas pour Brindisi avec un capitaine et une douzaine de sous-officiers mécaniciens. Notre mission : assurer le passage -
côté circulation aérienne et technique - des forces aériennes françaises en Italie du sud vers Chypre, d'une part, et Israël d'autre part. Dans une configuration diplomatique particulière, qui m'a été expliquée par l'attaché de l'Air à Rome, ma fonction - analogue à celle d'un officier français à Telaviv - était d'assurer la liaison à partir de la tour de contrôle et des centres d'approche avec nos escadres et nos transports afin que tout se passe pour le mieux possible.En Italie, la situation était compliquée car nous étions sur une base OTAN. J'étais et nous étions toujours en civil ... Je passais pour un officier du deuxième bureau italien de Bari, car je ne parlais jamais français mais toujours italien. Quand je parlais français avec des français, ils croyaient que j'étais interprète du deuxième bureau ...
La mission consistait à passer par Brindisi en violant les règles de la circulation car il est très difficile de quitter l'Europe et d'aller en Israël ou même à Chypre sans traverser la région du Caire. Cela nous a conduit à décoller souvent sans plan de vol ou avec des plans factices. Outre les informations venant de l'attaché de l'Air, nous avions une liaison télétype spéciale directe avec le 3e bureau de l'état-majour de l'armée de l'Air. Je sais qu'elle aboutissait normalement au général Jouhaud, et nous avions notification des mouvements mais sous code. C'est dans ce contexte que nous avons fait passer, non sans difficultés, 2 escadrons de la 3e escadre. On n'a pratiquement pas eu de pannes. Cette mise en place a eu lieu le 23 ou 24 septembre, on a commencé les mouvements 8 ou 10 jours après avec les escadrons de chasse. Puis il y a eut une période de pointe pendant laquelle le trafic fut effréné avec des avions de liaison, des Nordatlas, des appreils civil, etc. J'ai dû rester à la tour de contrôle trois jours et quatre nuits d'affilée, ou l'inverse. Je ne sais pas comment cela s'est terminé, mais je me suis réveillé dans un lit au mess. Voilà à peu près le scénario. Tous s'est très bien passé à l'échelon local de la tour de contrôle. La seule chose que je puisse ajouter c'est que nous sommes restés jusquà fin décembre à Brindisi. J'ai un souvenir très précis que nous sommes restés en place parce que l'opération pouvait recommencer "
Marie-Catherine Dubreil-Villatoux et François de Ruffray
Revue historique des armées (N°2 - 1997)
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