mardi 21 septembre 2010

Mes années à Tunis (chapitre 1)

Je suis né à Tunis, le 1er mai 1931. A cette époque, le jour n'étant pas férié, la ville s'était éveillée ce matin là comme habituellement et la rue de la Commission était témoin du va-et-vient des marchands affairés à l'ouverture de leurs devantures. Nous habitions un petit immeuble situé impasse de l'Eventail qui débouchait sur cette rue de la Commission en plein coeur de Tunis.

Mon père, Jean, était régulièrement absent car employé à l'exploitation de la Compagnie des Chemins de Fer de Tunis (CFT). Pendant ce temps, ma mère Angèle, tenait la maison et nous restions à jouer avec ma soeur Lisette qui était née 3 ans avant moi. Enfin je dis "Lisette" mais elle s'appelle en fait Anne du prénom de sa grand mère orthodoxe qui refusa qu'une catholique (j'ai cité Maman qui souhaitait honorer sa belle mère) donne son prénom à sa fille ; son prénom "d'emprunt" restera Lisette pour le reste de la vie.

Je n'ai plus de souvenir précis de cette période mais qui pourrait prétendre se souvenir des toutes premières années de son enfance. Cependant, je me souviens que le père de Papa, Panaiotis, qui tenait son établissement rue des glacières, était mort très jeune d'une pneumonie attrapée alors qu'il attendait une cargaison de fromages sur le port de Tunis ; il devait donc être négociant. De son côté, Nicola Catalano, mon grand-père maternel s'était quant à lui enfui de Sicile où maman avait passé ses premiers jours d'enfance. L'anecdote raconte que Nicolas, mon grand-père, s'était battu sur un chantier avec un autre ouvrier qui avait été irrespectueux avec son propre père, Onofrio Catalano. Laissant son adversaire pour mort, Nicola avait quitté Castelluzzo en catastrophe le soir même avec femme et enfants et avait pris le premier bateau pour Tunis. In fine, l'autre ouvrier n'était pas mort, et un conseil du village estima que Nicola était dans son bon droit (méditerranéen) et pouvait revenir en Sicile, ce qu'il ne fit jamais.

Une chose est sure, je devais être suffisamment insupportable pour que maman se décide à me mettre à l'école avant l'âge légal ; alors qu'il était nécessaire d'avoir 5 ans pour entrer à l'école, maman ayant falsifié mon état civil j'intégrai l'école primaire Franco- Arabe de la rue de Suède à la rentrée 1935. Je n'ai jamais su si cette falsification tenait d'un simple mensonge oral ou d'une réelle modification de papiers officiels mais quoi qu'il en soit en octobre 1935 j'étais assis dans la classe de Madame Germain. Pourquoi m'avoir inscrit à cette école ? tout simplement parce que Madame Armando, amie de maman, était marié à un transitaire installé à côté de cette école ; ce transitaire était de surcroît Président de la section d'Action Française de Tunis ... un bon choix donc! Moi ce qui me plaisait chez cet homme c'était d'admirer ses rayons de fruits et légumes ; bien que précoce (malgré moi) je m'intéressais plus à 4 ans aux fruits et légumes qu'au formalités douanières des transitaires !

Le subterfuge relatif à la falsification de mon âge ne fut pas démasqué par mon inaptitude intellectuelle, j'étais le meilleur élève de ma classe, mais lors d'une séance de gymnastique. C'est lorsqu'il fallut monter à la corde que le décalage d'âge avec les autres élèves se fit resentir mais ... bien qu'ayant avoué à l'institutrice la vérité sur on âge réél, ... trop tard j'avais bel et bien eu la malchance de finir ma petite enfance un an avant les autres et je l'avais semble t'il bien mérité !

L'école primaire, située à deux rues de notre immeuble était composée de trois classes de garçons ; la première section tenue par Madame Germain, la moyenne section par Monsieur Brun et la grande section par Monsieur Meunier. Lisette quant à elle poursuivait tous les matins son chemin jusqu'à l'école de fille Jules Ferry de la rue d'Angleterre.

De ces années il ne me reste que quelques maigres souvenirs ; la gifle reçue de Madame Germain pour avoir oublié le "s" de "dans" au cours d'une dictée, les coups de règles sur les doigts de Monsieur Brun et la fameuse dernière classe de Monsieur Meunier. Ce dernier, officier de réserve avait donné en 1940 son dernier cours en uniforme avant de rejoindre son régiment sur la ligne de Mareth entre la Tunisie et la Lybie (province Italienne).

Enfin, même si je ne m'en souviens plus, très longtemps maman racontera que je me rendais tous les jours en récréation avec ma trousse d'école sous le bras ne souhaitant pas l'abandonner dans la classe de peur de me la faire voler ...

A cette époque nous vivions du travail de papa auquel s'ajoutait les revenus locatifs de l'échoppe située au bas de l'immeuble ainsi que de l'appartement où vivaient la Tante Ada et la Tante Maria les deux soeurs de maman et l'appartement où vivait Salvatore le frère de maman.

Chaque été nous quittions Tunis pour le 22 avenue de France à Saint Germain où la plage remplaçait le bitume et le béton de nos habitudes à Tunis...

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La bénédiction du cerceuil ...

... avant de le couvrir des trois couleurs

Deux frères, Carl et Renaud, pour porter leur père ...

... et une soeur, Alexia, pour les décorations

La cérémonie religieuse ...

...puis le repos sous les hommages